
Après les longs mois de léthargie qui accompagnent généralement la saison estivale, cette nouvelle rentrée a été de nouveau perturbée par des agitations fatigantes et des confrontations stériles qui continuent à détruire notre profession à petit feu. Entre les confrères qui pensent avoir été élus pour quatre ans, et ceux qui attendent une nouvelle élection des conseils de l’Ordre, après les deux ans écoulés, les pharmaciens n’ont eu aucun mal à trouver une nouvelle pomme de discorde. Dans l’état actuel des choses, je garde l’intime conviction que notre profession ne pourra jamais sortir de sa crise morale par le simple fait d’organiser de nouvelles élections ordinales. Ces élections ne changeront rien à nos querelles fratricides et à notre malheur. En votant, une nouvelle fois, pour des numéros et non pas pour des confrères dont on connait la sagesse et le dévouement pour servir notre profession, nous allons continuer à nous affronter et à creuser notre propre tombe. Le privilège de l’âge me permet d’avoir une vision globale de cette consternante situation. Aussi voudrais-je m’adresser surtout aux jeunes générations pour les inviter instamment à prendre leur destin en mains sans rien attendre ni des générations précédentes, ni de l’Etat. Dans le combat qu’ils doivent mener, il ne leur suffira pas de croire que le bien commun est supérieur au bonheur individuel de certains. Car leur avenir dépendra aussi de leur solidarité, de leur union et de leur capacité à choisir, parmi eux, les meilleurs avocats pour défendre leurs causes. En occupant le terrain et en activant leurs relations confraternelles, ils ne laisseront aucune place à un autre pour décider de leur avenir. Ce rêve éveillé m’a été inspirée par l’invitation qui m’a été adressée, dernièrement, par des confrères qui voudraient lancer une cellule de réflexion pour assainir le climat délétère dans lequel nous vivons tous depuis que nos instances professionnelles sont devenues le théâtre de la lutte des clans. Fidèle aux valeurs de notre profession édictées dans notre code de déontologie, j’ai accueilli ce projet favorablement mais avec circonspection car je ne soutiendrai cette idée que lorsque les pharmaciens seront enfin eux-mêmes, c’est-à-dire dignes du titre qu’ils portent.
Jamal ZNIBER, Pharmacien à Rabat
Article très pertinent, très bien argumenté par notre cher Dr Zniber.