Dans un entretien accordé à Médias24 le 8 mars 2026, Souad Moutaouakil, présidente du Conseil régional des pharmaciens d’officine du Sud, affiche une opposition nette à l’ouverture du capital des pharmacies aux non-pharmaciens. Pour elle, une telle mesure ne serait pas sans conséquences : elle risquerait de fragiliser l’indépendance des pharmaciens et de faire basculer le secteur vers une logique davantage guidée par la rentabilité que par la mission de santé publique.

Le Conseil qu’elle représente a d’ailleurs pris les devants en adressant un dossier détaillé au Conseil de la concurrence. L’objectif : alerter sur les effets potentiels d’une telle réforme, notamment sur l’équilibre territorial du réseau officinal et sur la sécurité de l’approvisionnement en médicaments.
Ce que redoutent les pharmaciens
Derrière cette prise de position, plusieurs inquiétudes se dessinent.
D’abord, la question de l’indépendance. Les pharmaciens craignent de voir leur métier glisser vers un modèle dominé par des logiques financières, où la rentabilité prendrait le pas sur l’acte pharmaceutique et le conseil au patient.
Ensuite, le risque de concentration du marché. L’entrée d’investisseurs extérieurs pourrait favoriser l’émergence de grands groupes, au détriment des officines indépendantes. À terme, certains redoutent un secteur dominé par quelques acteurs puissants, loin de l’idée d’une concurrence saine.
Enfin, il y a l’enjeu de santé publique. Selon Souad Moutaouakil, cette réforme pourrait déséquilibrer l’accès aux médicaments, notamment dans certaines zones, sans pour autant régler les problèmes de fond — comme les ruptures de stock ou les difficultés d’approvisionnement.
Un débat qui dépasse la question du capital
Cette prise de parole s’inscrit dans un débat plus large, relancé après les recommandations du Conseil de la concurrence en faveur d’une libéralisation du secteur.
Mais du côté des pharmaciens, la priorité est ailleurs. Plutôt que d’ouvrir le capital, ils plaident pour des réformes ciblées, capables de s’attaquer aux véritables fragilités du système.
En filigrane, une même idée revient : moderniser, oui — mais sans remettre en cause les fondements du modèle officinal.