Pendant plus de trois décennies, les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) ont régné sans véritable concurrence sur le traitement de l’acidité gastrique. Mais ce paysage pourrait bien évoluer. Une nouvelle classe thérapeutique commence à se faire une place : les P-CAB, avec en figure de proue le vonoprazan.

Les maladies liées à l’acidité — reflux gastro-œsophagien, ulcères gastroduodénaux ou encore infection à Helicobacter pylori — restent parmi les motifs les plus fréquents en gastro-entérologie. Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre 10 et 20 % de la population mondiale souffre de reflux chronique, le marché des traitements dépasse les 37 milliards de dollars, et malgré tout, jusqu’à 40 % des patients ne sont pas pleinement soulagés sous IPP.
C’est dans ce contexte que les P-CAB attirent l’attention. Le vonoprazan, en particulier, se distingue par un mode d’action différent. Là où les IPP nécessitent une activation dans un environnement acide et mettent du temps à agir, cette nouvelle molécule bloque directement la sécrétion acide, dès la première prise. Résultat : un effet plus rapide, plus puissant et surtout plus stable dans le temps.
Au Maroc, le marché des IPP — dominé par des molécules comme l’oméprazole ou l’ésoméprazole — est aujourd’hui arrivé à maturité. Très largement génériqué, il fonctionne dans un environnement fortement concurrentiel, notamment en officine. La disponibilité des produits, leur rotation et les conditions commerciales jouent souvent un rôle aussi important que la prescription elle-même. Dans la pratique, une part non négligeable des délivrances repose désormais sur le conseil du pharmacien.
L’arrivée du vonoprazan pourrait rebattre les cartes. Une nouvelle classe thérapeutique, avec une vraie différenciation scientifique, a le potentiel de redonner du poids à la prescription médicale et de remobiliser les médecins, qu’ils soient généralistes ou spécialistes.
On ne serait plus simplement dans une concurrence entre molécules proches, mais face à un changement de paradigme. D’un côté, les IPP, bien installés mais parfois limités. De l’autre, les P-CAB, porteurs d’une approche différente.
Autrement dit, le débat ne se jouera peut-être plus entre oméprazole et ésoméprazole, mais entre deux standards thérapeutiques. Et dans cette course, le laboratoire qui introduira le premier le vonoprazan sur un marché donné pourrait prendre une longueur d’avance, à la fois sur le plan scientifique et stratégique.