Les pharmaciens en colère contre l’inaction politique qui met tout un secteur en péril

Mardi 9 septembre 2025, plusieurs dizaines de pharmaciens d’officine se sont rassemblés devant le siège du ministère de la Santé et de la Protection sociale, à Rabat. À l’appel de la Confédération des syndicats de pharmaciens du Maroc, ils ont dénoncé le décret sur la fixation des prix des médicaments, accusant le gouvernement de marginaliser leur profession et de fragiliser un acteur clé du système de santé.

« Nous voulons être écoutés »

Pour les manifestants, le problème n’est pas la baisse des prix en soi, mais la manière dont elle est appliquée.
« Nous ne refusons pas la baisse des prix, mais elle doit cibler les médicaments excessivement chers. Certains anticancéreux atteignent 30.000 dirhams au Maroc, alors qu’ils coûtent dix fois moins ailleurs. Par contre, baisser de quelques dirhams des médicaments déjà accessibles n’apporte rien au citoyen », explique Imane Belhaj, pharmacienne à Salé.

Même son de cloche du côté d’Aicha Zahi, pharmacienne d’officine à Rabat, qui déplore le manque de concertation :
« Des études ont été menées sans consulter les pharmaciens. Nous avons découvert leurs résultats dans les médias. Ce sit-in vise simplement à rappeler au ministère que nous existons, que nous faisons partie intégrante de la chaîne de soins. »

Un maillon essentiel du système de santé

Les pharmaciens rappellent que leurs officines représentent le premier point de contact des patients. « Le malade vient d’abord chez nous, sans rendez-vous, pour un conseil ou un soin de première urgence. Nous sommes 14.000 pharmaciens à assurer ce service, gratuitement », souligne Zahi.

Pour Abdelhafid Oualalou, pharmacien à Rabat et responsable santé au PPS, l’exclusion des pharmaciens des réformes est une erreur stratégique :
« Le chantier royal de généralisation de la couverture médicale a besoin de tous les acteurs. Le pharmacien doit y jouer un rôle majeur, comme le stipule la Constitution de 2011 : prévention, garantie des soins, mais aussi défense de ses revenus et de la pérennité de la pharmacie. »

Il insiste : la fixation des prix touche à la fois les revenus des officines, le pouvoir d’achat des patients et la survie de la production locale.

Des revendications en suspens

Au-delà du décret, les pharmaciens dénoncent l’absence de réponses à leurs revendications. « Notre dossier contient 11 points, dont le droit de substitution et la sauvegarde de notre monopole, mis à mal par des pratiques qui grignotent notre rôle », déclare Imane Belhaj.

Elle cite des exemples : vaccins vendus directement chez certains pédiatres, médicaments distribués dans certaines cliniques dotées de pharmacies internes, produits stériles en parapharmacies, voire médicaments vétérinaires écoulés par les vétérinaires.

« Un rôle vital, mais ignoré »

Pour les protestataires, le message est clair : sans reconnaissance du rôle du pharmacien, les réformes risquent d’échouer.
« En cas d’urgence, qu’il s’agisse d’une morsure de serpent ou de scorpion, c’est d’abord chez nous que le patient se rend. Nous constituons un maillon vital dans la chaîne de soins. Il est temps que les autorités en prennent pleinement conscience », conclut Belhaj.

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