« Je veux mon psychotrope… » Journal d’une pharmacienne

 “Vendre des psychotropes est une formation autodidacte des pharmaciens pour devenir mentalistes. Ils deviennent capables de déceler le sérieux du pas sérieux, le vrai du faux, le naïf du menteur tout en prédisant les réactions des sujets auxquels ils ont à faire.”

Les personnes dépendantes et désespérées recourent à mille et une ruses pour avoir leur médicament, ruses qui peuvent aller de la supplication pour attendrir le vendeur jusqu’à l’agressivité en passant par des argu- ments qui tentent de s’agripper à un semblant de logique.

– L’hystérique qui s’énerve contre les autres qui “ne comprennent pas” : Lors d’un de mes stages, une dame s’était présentée avec une ordonnance chiffonnée, dont la date n’était pas recevable, pour acheter son psychotrope en prétextant, au bord de l’hystérie, qu’elle avait renversé un liquide sur son flacon et qu’il lui en fallait un autre. Elle s’est emportée contre le vendeur qui refusait de le lui délivrer en lui criant qu’il ne comprenait rien.

– Le clochard, à la recherche de la pharmacie de ma came : Il m’arrive d’avoir des clochards, qui passent dans le coin et qui me demandent un psychotrope. Je leur explique que je n’ai pas le produit qu’ils demandent mais qu’ils peuvent le trouver dans n’importe quelle pharmacie en ville (pourvu qu’ils s’éloignent), tout en essayant de prendre l’attitude de “je vous crois et je veux vraiment vous aider”.

– “Je suis médecin, j’ai parlé” : Une fois, j’ai même eu un homme, d’environ 35 ans, belle voiture, qui est venu un samedi après-midi (il a dû croire que j’étais désespérée et que je voulais juste vendre pour faire rentrer un peu d’argent en travaillant un samedi après-midi) acheter son psychotrope. Quand je lui ai demandé son ordonnance, il m’a dit qu’il était médecin. Je lui ai dit qu’il lui fallait une ordonnance quand même. Il m’a répondu “mais le produit untel ne figure plus sur le tableau des psychotropes” … Il devait tenter sa chance.

Le dernier cas que j’ai eu était très soft. Un jeune homme a sorti discrètement de sa poche un flacon pour me demander le même mais en le cachant partiellement avec la main, déchiré qu’il était entre la nécessité de me montrer le nom pour que je sache de quel produit il s’agissait et e le fait qu’il était préférable que je ne sache pas ce qu’il voulait pour ne pas le lui refuser… 

Bref, un rapide coup d’œil à l’individu m’a rassurée sur son inoffensivité. Je lui ai alors expliqué qu’il avait besoin d’une ordonnance. Il m’a rétorqué “Je l’ai !” et il me l’a brandie comme un trophée. Il savait qu’il avait besoin d’une ordonnance (je l’ai appris plus tard, car il avait déjà demandé son produit dans une autre pharmacie qui avait refusé de le lui délivrer sans ordonnance) mais avec une certaine mentalité typique de certains où il ne faut pas dire toute sa pensée à l’autre au risque de se faire avoir, il a voulu d’abord essayer d’obtenir son produit sans ordonnance. Celle-ci, quand il me l’a montrée, était évidemment caduque.

Elle datait de deux mois et le médecin lui avait précisé qu’il s’agissait d’un traitement d’un mois. J’ai pris mon temps pour le lui expliquer clairement. Il s’est al- ors défendu en me disant qu’il est retourné voir son médecin qui lui avait « dit oralement » de poursuivre son traitement. J’ai donc fais genre “oui je te crois” et j’ai repris l’explication de l’impossibilité de délivrer le psychotrope sans une ordonnance datée et cachetée, etc. Et là il m’a sorti l’argument fatal, le dernier qui lui restait en réserve : “Oui mais sur le prospectus il est marqué que le traitement peut durer jusqu’à 6 mois”. 

Wa problèèème a 3chiri !

D’après le journal d’une pharmacienne du rural

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *