Pharmacies au Maroc : pourquoi les officinaux disent “non” à l’ouverture du capital

Le sujet ne passe pas. Et plus les discussions avancent, plus la tension monte chez les pharmaciens. La recommandation du Conseil de la concurrence, qui propose d’ouvrir le capital des pharmacies à des non-pharmaciens, continue de faire réagir — et pas qu’un peu.

Invité récemment d’une émission, Walid Amri, vice-président du Syndicat des pharmaciens de Casablanca, a mis les choses au clair. Pour lui comme pour une large partie de la profession, cette idée ne passe tout simplement pas.

“Les pharmacies ne sont pas à vendre”

Le ton est direct, sans détour. Walid Amri l’affirme : les pharmaciens marocains ne veulent ni investisseurs extérieurs, ni ouverture du capital — même partielle. Selon lui, cette position est largement partagée par l’ensemble de la profession.

Derrière ce refus, il y a une conviction forte : préserver l’indépendance du pharmacien. Pour beaucoup, c’est ce qui garantit aujourd’hui un exercice centré sur le patient, et non sur des logiques purement financières.

Un dialogue qui laisse des frustrations

Autre point sensible : la manière dont le dossier a été mené. Certes, il y a eu des réunions avec le Conseil de la concurrence. Mais du côté des pharmaciens, on estime que la concertation n’a pas été suffisante.

Certaines organisations disent ne pas avoir été associées à toutes les étapes des discussions. Résultat : un sentiment d’être mis à l’écart sur un sujet pourtant crucial pour leur avenir.

Comparer avec l’étranger ? Pas si simple

On entend souvent que d’autres pays ont déjà ouvert le capital de leurs pharmacies. Mais pour Walid Amri, la comparaison est trompeuse.

Pourquoi ? Parce que, dans ces pays, les pharmaciens ne vivent pas uniquement de la vente de médicaments. Ils sont aussi rémunérés pour des actes pharmaceutiques, du suivi des patients ou encore des services de santé.

Au Maroc, ce n’est pas encore le cas. Le modèle repose surtout sur la marge des médicaments. Du coup, appliquer les mêmes recettes sans adapter le système poserait problème.

La pharmacie, premier réflexe des patients

Au-delà du débat économique, il y a aussi une réalité de terrain. Au Maroc, la pharmacie est souvent le premier endroit où l’on va demander conseil.

Dans certaines zones, c’est même parfois le seul point de contact accessible rapidement. Pendant la crise du Covid-19, ce rôle s’est encore renforcé : les officines sont restées ouvertes et ont assuré une continuité essentielle.

C’est aussi pour cela que les pharmaciens tiennent à défendre ce modèle de proximité.

La crainte d’un virage trop “business”

Ce qui inquiète surtout, c’est ce qui pourrait venir après. L’ouverture du capital pourrait attirer des investisseurs… avec une logique de rentabilité.

Et derrière, certains redoutent l’arrivée de chaînes de pharmacies, une concentration du marché, et à terme une transformation du métier. Moins de proximité, plus de standardisation : un scénario que beaucoup veulent éviter.

Un système qui, selon eux, tient la route

Aujourd’hui, le circuit du médicament repose sur un équilibre entre industriels, grossistes et pharmacies. Pour Walid Amri, ce système fonctionne globalement bien et a prouvé sa solidité, notamment en période de crise.

Il tient d’ailleurs à rappeler que les pénuries de médicaments ne viennent pas des pharmacies, mais plutôt de problèmes d’approvisionnement en amont.

Le vrai sujet : comment mieux rémunérer le pharmacien ?

Derrière toute cette polémique, un autre enjeu apparaît : celui du modèle économique des officines.

Avec la baisse des prix des médicaments ces dernières années, les marges se sont réduites. Beaucoup de pharmacies en ressentent les effets.

La profession pousse donc pour un changement : être rémunérée davantage sur des actes (suivi des patients, prévention, vaccination…). Une évolution qui permettrait à la fois de valoriser leur rôle de santé… et de soulager leur équilibre financier.

Vers une mobilisation ?

La question commence à se poser sérieusement. Une mobilisation des pharmaciens n’est pas exclue, surtout si le projet avance sans tenir compte de leurs réserves.

Des discussions sont en cours entre les différentes organisations, et toutes les options restent sur la table.

La décision finale n’est pas encore prise

Pour l’instant, rien n’est acté. L’avis du Conseil de la concurrence reste une recommandation. C’est au gouvernement de trancher.

Mais une chose est sûre : les pharmaciens resteront mobilisés. Leur objectif est clair — défendre un modèle qu’ils jugent essentiel, autant pour leur métier que pour les patients.

Et le débat, lui, est loin d’être terminé.

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