Le déficit commercial du Maroc dans le secteur pharmaceutique pourrait continuer à se creuser au cours des prochaines années.

Cette évolution intervient dans un contexte marqué par l’augmentation de la demande intérieure, l’élargissement de la couverture sanitaire et l’arrivée progressive de traitements innovants, souvent caractérisés par un coût élevé.
Selon les projections de BMI, une entité de Fitch Solutions, le déficit commercial du secteur pharmaceutique marocain pourrait passer d’environ 10,3 milliards de dirhams actuellement à près de 13,4 milliards de dirhams à l’horizon 2030.
Au-delà de la seule question des échanges commerciaux, cette tendance soulève un enjeu stratégique pour l’ensemble de l’écosystème de santé : comment répondre à une demande croissante en médicaments tout en renforçant les capacités nationales de production ?
Une demande pharmaceutique appelée à progresser
L’évolution du déficit s’inscrit dans une transformation profonde du système de santé marocain.
L’extension de la couverture sanitaire contribue progressivement à élargir la population ayant accès aux soins et, par conséquent, aux traitements médicamenteux. Cette dynamique devrait soutenir la consommation pharmaceutique au cours des prochaines années.
À cette évolution quantitative s’ajoute une transformation qualitative des besoins thérapeutiques.
Le développement de la prise en charge de pathologies complexes — notamment certains cancers, les maladies hématologiques ou encore les affections neurologiques — s’accompagne d’un recours croissant à des traitements innovants et parfois particulièrement coûteux.
Pour les professionnels de santé, cette évolution pose donc plusieurs questions : disponibilité des traitements, soutenabilité économique, continuité d’approvisionnement et accès équitable aux innovations thérapeutiques.
Une industrie locale qui doit encore renforcer ses capacités
Le Maroc dispose déjà d’une industrie pharmaceutique nationale structurée, capable de produire une partie significative des médicaments consommés sur le marché intérieur.
Cependant, les capacités actuelles devront évoluer pour accompagner l’augmentation attendue de la demande.
Hamza Akdira, président du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens, souligne ainsi la nécessité de renforcer la production nationale et de mettre en place une politique pharmaceutique plus clairement orientée vers le développement de la fabrication locale.
Parmi les leviers identifiés figure notamment le développement des médicaments génériques.
Le renforcement de leur production pourrait contribuer à diversifier l’offre disponible sur le marché marocain et à réduire, pour certaines catégories de médicaments, la dépendance vis-à-vis des importations.
Le générique : un levier industriel et sanitaire
Le développement des médicaments génériques ne constitue pas uniquement un enjeu industriel.
Il peut également participer à l’amélioration de l’accès aux traitements lorsque des alternatives génériques sont disponibles et économiquement accessibles.
Pour le système de santé, l’enjeu consiste donc à trouver un équilibre entre plusieurs impératifs : garantir la qualité et la sécurité des médicaments, maintenir leur disponibilité, favoriser l’utilisation rationnelle des ressources et accompagner l’innovation thérapeutique.
La fin de la protection par brevet de certains médicaments constitue également une opportunité pour l’industrie nationale. Elle permet potentiellement aux fabricants locaux d’investir dans la production de molécules dont la propriété intellectuelle n’est plus protégée, sous réserve du respect des exigences réglementaires et industrielles applicables.
De la production à la recherche : le rôle déterminant de l’innovation
Renforcer l’industrie pharmaceutique ne signifie toutefois pas uniquement augmenter les volumes de production.
L’un des enjeux majeurs concerne désormais la capacité du Maroc à développer davantage de recherche et développement pharmaceutique.
Cela suppose notamment de renforcer les liens entre les industriels, les universités, les facultés de médecine et de pharmacie ainsi que les structures de recherche.
Le pays dispose d’un vivier de compétences scientifiques et pharmaceutiques qui pourrait être davantage mobilisé autour de projets de recherche appliquée, de développement de médicaments, de biotechnologies et de nouvelles technologies de santé.
Pour les professionnels de santé, cette évolution pourrait également favoriser l’émergence d’un écosystème dans lequel la pratique clinique, la recherche académique et l’industrie pharmaceutique seraient davantage connectées.
L’Afrique : un marché stratégique pour l’industrie marocaine
Le développement de la production nationale ouvre également une autre perspective : l’exportation.
Le continent africain représente notamment un marché stratégique pour les entreprises pharmaceutiques marocaines, en raison de la croissance des besoins de santé dans plusieurs pays et de la nécessité d’améliorer l’accès aux médicaments.
L’augmentation des capacités de production pourrait ainsi permettre au Maroc de répondre simultanément à deux objectifs : satisfaire davantage la demande intérieure et développer ses exportations.
Cette orientation pourrait contribuer à renforcer la position du Royaume comme plateforme régionale de production et de distribution pharmaceutique, notamment vers les marchés africains.
Un enjeu qui concerne l’ensemble des professionnels de santé
Le déficit commercial pharmaceutique ne doit donc pas être considéré uniquement comme un indicateur économique.
Il constitue également un révélateur des transformations auxquelles le système de santé marocain devra répondre au cours des prochaines années.
Pour les pharmaciens, médecins, industriels, établissements de santé et autres acteurs du secteur, plusieurs enjeux sont étroitement liés : sécurisation de l’approvisionnement, disponibilité des médicaments, développement des génériques, accès aux innovations, maîtrise des coûts et renforcement de la production nationale.
La progression attendue de la demande pourrait ainsi constituer à la fois une pression supplémentaire sur le système et une opportunité pour l’industrie locale.
Vers une nouvelle étape pour le médicament au Maroc
À l’horizon 2030, la question ne sera donc probablement plus seulement de savoir comment importer suffisamment de médicaments pour répondre aux besoins du marché.
Elle sera aussi de déterminer quelle part de ces besoins le Maroc souhaite être capable de produire lui-même, quelles technologies il souhaite maîtriser et quelle place il entend occuper dans l’industrie pharmaceutique régionale.
Le renforcement de la production nationale, le développement des génériques, l’investissement dans la recherche et l’ouverture vers les marchés africains apparaissent, dans cette perspective, comme des composantes d’une même réflexion autour de la souveraineté et de la résilience pharmaceutiques.
Pour les professionnels de santé, cette évolution mérite une attention particulière : derrière les chiffres du commerce extérieur se trouvent des enjeux très concrets de disponibilité, d’accessibilité et de continuité des traitements pour les patients marocains.