La Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc (CSPM) a réagi avec fermeté à l’adoption, le 22 juillet 2026, du projet de décret n° 2.25.631 sur la fixation des prix des médicaments. La centrale déplore que ses propositions n’aient pas été retenues et alerte sur les effets potentiels du texte sur l’équilibre économique des officines et la continuité d’approvisionnement.

Un nouveau cadre tarifaire
Le texte adopté par le Conseil de gouvernement révise le dispositif de fixation du prix public de vente des médicaments, en modifiant le décret de 2013. Il introduit un nouveau mécanisme de tarification pour les médicaments dont le prix fabricant hors taxes dépasse 300 dirhams, tout en abaissant la majoration appliquée aux produits importés de 10% à 2,5%.
Sur le fond, l’exécutif présente cette réforme comme un levier de baisse des prix et de réduction du reste à charge pour les patients. Le gouvernement met également en avant une révision périodique des prix plus rapprochée, afin d’ajuster plus rapidement les tarifs à l’évolution du marché.
Une concertation jugée inaboutie
Pour la CSPM, le problème n’est pas seulement le contenu du décret, mais aussi la méthode retenue. L’organisation estime que les observations transmises pendant la phase de concertation ont été écartées, malgré leurs enjeux pour le fonctionnement de l’officine, la disponibilité des spécialités et la soutenabilité du réseau pharmaceutique.
En pratique, la profession redoute qu’une baisse des prix mal calibrée n’entraîne un effet de ciseau sur les marges, sans contrepartie suffisante sur les volumes. Les pharmaciens rappellent qu’en officine, la moindre modification du cadre de prix peut avoir des répercussions immédiates sur la trésorerie, les stocks et l’arbitrage entre médicaments à forte et faible rotation.
Les points de vigilance pour l’officine
Les pharmaciens pointent surtout trois risques opérationnels. Le premier concerne la rentabilité des médicaments à bas prix, souvent déjà sous pression, si la réforme réduit encore l’espace de marge disponible. Le deuxième porte sur les importations, dont la nouvelle majoration pourrait modifier l’équilibre économique de certaines références importées.
Le troisième tient à la sécurité d’approvisionnement. La CSPM dit craindre des tensions sur certains produits, notamment si la baisse des prix se traduit par un désengagement de certains acteurs de la chaîne ou par des difficultés de maintien sur le marché de spécialités jugées peu rentables. Pour la profession, l’enjeu est donc double : défendre l’accessibilité pour le patient sans fragiliser l’architecture économique du circuit officinal.
Un dossier qui reste ouvert
Malgré l’adoption du décret, le sujet est loin d’être clos. La CSPM appelle à une reprise du dialogue pour corriger les effets jugés défavorables du texte et intégrer davantage les réalités de terrain. De son côté, le gouvernement maintient qu’il s’agit d’une réforme structurante, pensée pour concilier baisse des prix, protection du consommateur et soutien à la production locale.